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La corrida n’a pas de raison d’être

Par Sunev le 18/09/2015

La période estivale des corridas touche à sa fin. Celle de cette année 2015 restera marquée par la radiation de la corrida au patrimoine culturel immatériel de la France.

Des corridas dans l'Hexagone ?

Si les corridas ont lieu notamment en Amérique Latine et en Europe du Sud-Ouest (Espagne, Portugal), la France en accueil également. C'est un fait peu connu hors des 11 départements du midi où elles sont autorisées.

Villes de France accueillant des corridas. CRAC Europe

Deux points de vue opposés sur une même pratique

La corrida est une forme de courses de taureaux qui se caractérise par un « spectacle tauromachique intégral au cours duquel les taureaux sont piqués et mis à mort ».

Pour les aficionados, les passionnés de corrida, le combat entre taureau et matador relève de l'art. Cet art est présent dans des œuvres diverses ; livres, musiques ou encore tableaux. Les artistes sont en effet nombreux à s'en inspirer, comme le recense le site de l'Observatoire National des Cultures Taurines (ONCT) . Il se veut respectueux des acteurs principaux de ce spectacle : les taureaux. Le bien-être des taureaux est essentiel dans la tradition d'élevage, qui se veut aussi dans une dynamique de développement durable. Cet élevage est le seul à maintenir une race de taureaux dite « de combat ». Les taureaux de combats sont une race sélectionnée spécifiquement pour la tauromachie, qui nécessite leur combativité. Les qualités recherchées sont :

  • La bravoure (promptitude du taureau à charger)
  • La noblesse (charger en ligne droite plutôt qu'en effectuant des Z)
  • La caste (présence de toutes les qualités).

Les codes, la culture et l'activité économique autour de la corrida la hissent au rang de patrimoine dans plusieurs États. Tel a été le cas en France en avril 2011, où elle s'est vue classée au patrimoine immatériel du pays. Ce statut a été cependant retiré en juin 2015. Un retournement de situation qui illustre tout le bras de fer entre « pro- » et « anti- » corrida.

Un statut culturel douteux

Ce statut était déjà très controversé. Frédéric Mitterand, alors Ministre de la Culture, revient sur cet épisode dans son livre de mémoires La récréation : «Une obscure commission du ministère dont je ne soupçonnais même pas l'existence vient d'inscrire la tauromachie au patrimoine immatériel de la France, au même titre que les chants de bergers basques ou la tarte Tatin.[...] Mais la tauromachie n'est pas une tradition innocente et j'imagine le forcing auquel ont dû se livrer une poignée de fonctionnaires à consigner cette inscription. Je n'aime pas la corrida, que je trouve un spectacle cruel, et je n'ai jamais pratiqué le romantisme du torero. C'est une faute que de lui attribuer ce genre de label officiel qui laisse croire en plus qu'elle pourrait monter encore d'un échelon et être proposée au patrimoine de l'UNESCO ». Cette inscription a été réalisée par Philippe Bélaval, à l’époque directeur général des Patrimoines et fondateur de l’ONCT.

Le flou sur cette reconnaissance avait intérêt à être entretenu : la corrida était et est toujours une activité illégale sur l’ensemble du territoire français. D’après sa présence dans l’article 521-1 du code pénal, il s’agit d’un acte de cruauté sur un animal. Ce délit est puni par 30 000€ d’amende et 2 ans de prison. L’alinéa 7 précise cependant que les poursuites sont soulevées pour les communes ayant une pratique de longue date.

« Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux courses de taureaux lorsqu'une tradition locale ininterrompue peut être invoquée. » (Article 521-1 alinéa 7)

Si cet alinéa explique la tenue des corridas dans le sud du pays, il laisse beaucoup d’interrogations sur notre système judiciaire. Il va à l’encontre du principe d’une justice appliquée de manière égale sur tout le territoire. Ainsi un matador est vu à Nîmes comme un héros alors qu’il est jugé à Paris. Par ailleurs, la notion de « tradition locale interrompue» est très imprécise et est laissée à l’appréciation de chacun. Cette disposition est donc abusive et sans logique. Surtout, elle soulève une question morale plus large : Comment considérer comme un patrimoine une activité illégale s’apparentant à de la torture ?

Le patrimoine est l’argument principal brandit par les aficionados pour défendre leur pratique. C’est une des rares défenses pertinentes à laquelle ils peuvent faire appel pour la pérennité de leur activité. Dans cette lignée, ils mettent en avant la tradition d’élevage du taureau de combat.

L‘inexistence de la race de taureau de combat

Les éleveurs craignent la disparition de la race de taureau de combat en cas d’arrêt des corridas. Néanmoins, la confusion autour de cette race règne.

« Il n’y a même pas d’accord pour affirmer que tous les taureaux de combat forment une race à part. Par conséquent, l’unique chose que nous pouvons dire avec assurance de la « catégorie » des taureaux de combat consiste en ce que c’est un groupe de bovins domestiques créés par l’homme par des sélections artificielles (comme tous les taureaux qui existent dans le monde aujourd’hui) et qui sont utilisés dans la tauromachie. »

« Ayant ceci à l’esprit, étant donné que l’espèce à laquelle le taureau de combat appartient a actuellement plus de 1300 millions d’individus dans le monde, dont seule une minorité est utilisée dans des activités taurines, le danger d’extinction, avec ou sans tauromachie, n’est pas l’un des problèmes du taureau de combat. » Jordi Casamitjana, éthologue.

En revanche, la plus-value écologique apportée par l’élevage traditionnel des bovins est réel. Les conditions de vie en semi-liberté, pratiquées de façon extensives, participent à la conservation de la biodiversité. Une réforme de l’élevage vers une autre activité économique que la corrida est à étudier pour conserver ces bienfaits.

Et le taureau dans cette histoire ?

L’éthologie nous apprend que le taureau est un individu sociable et une proie. Ces caractéristiques multiplient sa souffrance physique lors des corridas par une souffrance psychologique. Pour y échapper, sa réaction sera dans un premier temps de fuir. La forme circulaire de l’arène et les hautes barrières l’en empêchant, il n’a alors plus d’autre choix que de se défendre. Loin des explications des aficionados, le taureau de combat n’est donc pas un animal agressif qui va chercher à être « courageux ».

« Etant donné que la possibilité de fuir n’est pas normalement donnée au taureau, la seule option qui lui reste est de modifier l’environnement en éliminant les aspects de celui-ci qui sont la cause de sa souffrance. Dans ce cas : les toreros et les chevaux. La charge des taureaux, souvent interprétée de façon erronée comme une attaque, est en réalité un comportement défensif destiné à écarter l’agresseur de l’environnement dans lequel se trouve le taureau. » Jordi Casamitjana, éthologue.

La corrida est donc basée sur une compréhension déformée du comportement du taureau. Les qualités qui lui sont associées n’ont de sens que pour l’Homme. Loin de respecter l’animal, cette pratique est purement anthropocentrée.

« Le taureau est « humanisé » pour pouvoir être mis sur la même échelle de valeurs que l’homme qui le combat – et permettre ainsi la comparaison, dans le seul but de pouvoir affirmer la supériorité humaine, qui n’aurait aucun mérite si l’adversaire ne partageait pas les mêmes « vertus cardinales ». Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, philosophe.

Ces réalités scientifiques anéantissent le sens même de la corrida. Les paroles du philosophe aficionado Francis Wolff sonnent alors comme un aveu : « Torturer » un homme, ou même un animal, c’est s’attaquer à un être sans défense. Or c’est contraire au sens même de la corrida : sans la combativité naturelle de l’animal, elle serait une simple boucherie dont il n’y aurait aucune raison de faire un « spectacle ».


Crédit Photo : Jean-Marc Montegnies / Animaux en Péril


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